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Poème à méditer · Juges 11.29–40

Deux miroirs

Par Henry J. Noel

Noa s’approche d’une maison ancienne, un tambourin près du seuil où l’attend Jephté.

L’innocence de Noa

Ô fille sans faute, tu sortais à sa rencontre, le tambourin à la main, le rire encore aux lèvres. Sous tes pas, la poussière se levait comme au retour de toute victoire.

Tu ignorais le vœu. Tu ne savais pas qu’une parole prononcée loin de toi allait peser sur ta vie. Tu n’avais rien promis. Pourtant, c’est à toi qu’il faudrait en répondre.

Ton père t’a vue venir. Ce qu’il attendait de la victoire s’est brisé devant son propre seuil.

Tu as entendu sa détresse, puis tu as demandé du temps : deux mois avec tes compagnes, sur les montagnes, pour pleurer la vie qui ne serait pas la tienne.

Innocente, tu es devenue mémoire. Chaque année, les filles d’Israël se sont souvenues de toi. Nous ignorons ton nom dans le Livre ; ici, nous t’appelons Noa pour pouvoir te parler sans détour.

Nous entendons encore ton tambourin au seuil de cette maison. La joie avec laquelle tu venais rend plus grave la parole qui t’attendait.

Le poids de Jephté

Ô Jephté, tes frères t’ont chassé. Plus tard, les anciens sont venus te chercher : ils avaient besoin de celui qu’ils avaient laissé partir.

Tu leur as demandé quelle place serait la tienne. Tu connaissais le prix des promesses humaines. Mais sur le chemin de la bataille, tu as prononcé devant Dieu une promesse dont tu ne mesurais pas la portée.

Pourquoi ce vœu ? Le récit ne nous ouvre pas ton cœur. Nous y devinons la peur, peut-être, ou le désir de tenir la victoire entre tes mains.

Puis ta fille est sortie. Elle ne savait rien. Tu savais déjà trop.

Ta parole s’est dressée entre vous. Tu lui as parlé de ton malheur ; elle t’a demandé du temps. Deux mois seulement. Après cela, elle est revenue.

Jephté, ta victoire demeure dans le Livre, mais c’est aussi ton vœu que nous relisons. Il nous oblige à nous demander ce que peut détruire une parole quand l’honneur nous empêche de la remettre en question.

Tu fus un père devant sa fille, un homme devant ce qu’il avait dit. Elle avait quitté la maison avec un tambourin ; les filles d’Israël ont gardé sa mémoire.

Voilà les deux miroirs : une fille qui revient sans connaître le vœu, un père qui l’attend en sachant ce qu’il a promis. Entre eux demeure une question que le récit ne résout pas pour nous : que faire lorsqu’une parole donnée menace une vie innocente ?

Repère de lecture. Noa est le nom donné à la fille de Jephté dans cette interprétation poétique ; le récit biblique ne la nomme pas. Inspiré de Juges 11.29–40.